Le Parti Socialiste trahit, les enfants trinquent

Le Parti Socialiste trahit, les enfants trinquent

Sitôt les élections municipales passées, le couperet est tombé. Nous connaissons désormais le nom des villes où le gouvernement de Sébastien Lecornu envisage de fermer des classes pour la rentrée de septembre 2026. Dans le Vaucluse, département où j’exerce, la suppression de douze postes provoquerait la fermeture de quarante-six classes dans les écoles publiques.

Neuf classes à Avignon, où la maison médicale de garde n’est plus accessible sans avis médical préalable. Quatre à Carpentras, où quarante-deux lits de psychiatrie ont été supprimés l’an dernier. Deux à Apt, où en moins de dix ans les habitants ont vu fermer la maternité, les urgences puis le service de chirurgie. Deux à Vaison-la-Romaine, où le centre médico-psychologique de l’enfant et adolescent a fermé ses portes il y a moins de deux ans. Au total, 22 communes du Vaucluse sont concernées. 

Si un tel projet était mis en œuvre, le nombre d’élèves par classe augmenterait mécaniquement, alors que notre pays est déjà celui qui en compte le plus parmi les 22 pays de l’Union Européenne membres de l’OCDE. Les chiffres communiqués par la Direction de l’information légale et administrative (DILA), rattachée aux services du Premier ministre, sont sans appel : c’est la France qui présente la taille moyenne de classe la plus élevée à l’école élémentaire avec 22 élèves par classe, tandis que le minimum est observé en Grèce, en Lettonie et en Pologne, avec 17 élèves par classe. C’est aussi la France qui a les classes de collège les plus chargées. 

Cet état de fait ne pose aucun problème à Emmanuel Macron ni à son Premier ministre. Alors que l’École de la République a déjà un genou à terre, ils ont annoncé 1891 suppressions de postes de professeurs des écoles pour la rentrée 2026 dans notre pays.

Cette nouvelle attaque contre le service public est une conséquence directe de la loi de finances de 2026 imposée par le gouvernement Macron/Lecornu en usant de l’article 49-3. Cela n’aurait pas été possible si la motion de censure déposée par les groupes de gauche, hors PS, avait été adoptée (elle avait obtenu 260 voix sur les 289 nécessaires). Nos enfants risquent donc de payer le prix fort de la trahison de certains députés pourtant élus en 2024 sur la base du programme du Nouveau Front Populaire, qui prévoyait concernant l’école de “réduire les effectifs par classe pour faire mieux que la moyenne européenne de 19 élèves”.

Nous observons également que cette année, le ministère de l’Education nationale a retardé l’annonce du calendrier des opérations d’ouvertures et de fermetures de classes habituellement présenté fin janvier. Sans doute a-t-il redouté la réaction du peuple qui aurait pu sanctionner ceux qui portent ces politiques austéritaires lors du scrutin des élections municipales. Le peuple français mérite mieux que ce type de manœuvre politicienne, même venant de ceux qui lui mènent une guerre sociale.

La résistance s’organise contre ces fermetures de classes, partout dans le pays. Des parents d’élèves et des professeurs se mobilisent, à coups de tracts, de grèves, de blocages filtrants, de pétition, et j’en passe, pour alerter la population. Du côté des syndicats, certains font honneur à la profession là où d’autres se couchent en acceptant la situation actuelle et en évoquant d’ores et déjà le budget 2027, alors que le gouvernement peut ouvrir des postes en cours d’année, cela a déjà été fait.

Face à la mobilisation, les Directeurs académiques céderont sur certaines situations, et reviendront sur plusieurs fermetures de classes. L’heure est à la bataille pour sauver l’école de sa ville, de son quartier, à défaut d’avoir pu bloquer la loi de finances au niveau national. On remerciera M. Faure et ses soutiens du Parti Socialiste. On n’oubliera pas.

Le gouvernement Lecornu fait aujourd’hui le choix de dégrader la prise en charge des élèves dans les écoles publiques, tout en finançant en même temps les établissements privés sous contrat à hauteur de 12 milliards d’euros, chaque année, alimentant ainsi le séparatisme scolaire. Ce soutien massif du secteur privé – avec si peu de contrôles ! – est profondément injuste, et il devient insupportable quand on connaît l’état du bâti scolaire public où l’on peut côtoyer rats et cafards (vus de mes propres yeux à Avignon) dans des écoles mal chauffées où les documents obligatoires concernant l’amiante n’existent souvent pas ou sont incomplets. L’argent public doit financer l’École publique. La loi Debré doit être abrogée.

J’ai une pensée pour tous les collègues qui risquent d’être chassés de leur poste, et qui auront bien du mal à se rasseoir sur un poste équivalent ou proche de chez eux. Je les appelle à se mobiliser et à user de leur droit de grève. On ne peut espérer gagner les batailles que l’on refuse de mener. L’occasion de voir baisser nos effectifs par classe et ainsi de connaître des conditions de travail améliorées est historique. Saisissons cette chance.

Notre École, celle qui émancipe et forme les citoyens libres de demain a besoin de la mobilisation de tous. Ses adversaires sont à l’œuvre, l’ubérisation de la société est leur projet. Hier, ils ont repoussé l’âge de départ à la retraite. Aujourd’hui, ils organisent le sabotage de l’Education nationale. Ne détournons pas le regard. Rejoignons massivement celles et ceux qui luttent. Soyons à la hauteur.

Avignon, le 30 mars 2026

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